A propos du décès de Louis LARENG : un lecteur nous écrit

A propos du décès de Louis LARENG : un lecteur nous écrit

« J’habite Ayzac-Ost et dimanche 3 novembre j’ai appris le décès du Professeur Louis LARENG, originaire de ce petit village.

En 2018, j’avais écrit une biographie de Louis LARENG pour le livre « 50 célébrités nées dans les Hautes-Pyrénées ». Louis LARENG avait beaucoup apprécié cette présentation et il m’avait adressé par mail un mot de remerciement fort aimable.

Et en 1794 c’est un autre Bigourdan, le chirurgien Dominique-Jean LARREY, qui fut un précurseur en matière de médecine d’urgente. LARREY qui avait imaginé et mis en œuvre les fameuses « ambulances chirurgicales volantes », ancêtres des Samu, capables de suivre les combattants et de les secourir rapidement jusqu’au cœur de la bataille. Ces ambulances volantes tirées par des chevaux et qui pouvaient manœuvrer à travers le champ de bataille, récupérant les blessés sous le feu ennemi et les conduire dans les hôpitaux de campagne situés en dehors des zones de combat.

Une rue du village d’Ayzac-Ost devrait être baptisée du nom de Louis LARENG. »

Henri Goursau

crédit wikipedia

Louis LARENG (1923-2019)

Professeur agrégé de médecine spécialisé en anesthésie-réanimation, fondateur du Samu et de la télémédecine

Louis LARENG, né le 8 avril 1923 à Ayzac-Ost, est le créateur du premier service d’aide médicale d’urgence (SAMU) de France à Toulouse. À la mort de sa mère (il a deux ans) malade de la tuberculose, il est élevé par sa tante, préparatrice en pharmacie à Argelès-Gazost et qui va lui faire prendre goût à la médecine et jouer un rôle déterminant dans sa vocation. Éduqué dans la foi catholique, il aurait pu, comme d’autres garçons de milieu modeste, suivre l’enseignement du petit séminaire de Saint-Pé-de-Bigorre pour enfiler la soutane. Mais son maître d’école, l’arrache à l’Église et obtient la bourse départementale qui lui permet, une fois passé son certificat d’études, d’être admis au lycée Théophile Gautier de Tarbes. Et voilà comment il va se retrouver ensuite en faculté de médecine, à Toulouse. Sa tante l’aurait bien vu revenir au village et devenir médecin de famille à Argelès-Gazost, mais ayant été reçu à l’internat, s’ouvre alors pour lui une carrière universitaire toute tracée : assistant, chef de clinique, agrégé, professeur. Il se spécialise dans la réanimation et l’anesthésie. Au début des années 1960, pour faire face à une épidémie annoncée de poliomyélite, l’État avait décidé de former de jeunes médecins aux techniques de réanimation respiratoire. Il devient le responsable du centre de réanimation hospitalier de Toulouse. Mais l’épidémie n’a pas lieu et le centre n’accueille aucun patient. Qu’à cela ne tienne, le jeune anesthésiste a une idée originale : reconvertir le centre au profit des accidentés de la route dont le nombre croît au fur et à mesure que les ménages s’équipent en automobiles. Mais les praticiens refusent de sortir des murs, car il y avait aussi une loi qui interdisait aux médecins des hôpitaux de sortir de leurs murs. Et certains pensaient qu’il était dangereux pour les médecins de se rendre sur les lieux d’accidents. Alors face à l’opposition des mandarins, il brave les interdictions et contourne les obstacles. Peu importe les sanctions auxquelles il s’expose. Il a prêté serment et il veut sauver des vies quoi qu’il lui en coûte. Il a le soutien d’une partie du personnel, des infirmiers, des brancardiers, qui l’aident à préparer le matériel médical d’urgence et du concierge de l’hôpital qui l’accompagnait à toute heure du jour ou de la nuit. Tout cela se faisait en cachette, à Toulouse. « Je couchais à la police et je partais sur l’accident dans le panier à salade ». Son entêtement finit par payer. Non seulement il n’est pas sanctionné alors même qu’il avait fini par être convoqué par le conseil de discipline – en sauvant la vie du fils d’un grand « ponte » accidenté en rentrant de boîte de nuit, il achève de convaincre ses pairs de l’utilité de son combat – mais surtout il obtient enfin l’autorisation d’expérimenter officiellement son projet. Et c’est dans la Ville rose que naît véritablement l’hôpital hors les murs en ce milieu des années 1960. À l’été 1968, le conseil d’administration du CHU de Toulouse crée officiellement le premier service d’aide médicale d’urgence (SAMU) de France. L’année suivante, une circulaire sanctionne la naissance de ce « service d’intérêt général ». Auprès de Simone Veil, alors ministre de la Santé, il plaide pour réorganiser partout le transport sanitaire. En 1978, il obtient du secrétaire d’État aux postes et télécommunications que le « 15 » soit attribué aux urgences médicales. En 1952, dans la petite chapelle de Quint, il épouse Marie-Blanche, étudiante en médecine, qui mènera une brillante carrière de professeure en bactériologie. Le couple aura trois enfants. Professeur agrégé de médecine, spécialiste en « anesthésie réanimation » au CHU de Toulouse, homme politique français, il est le fondateur du service d’aide médicale d’urgence (SAMU). Le premier SAMU officiel, qui va s’occuper de l’intervention préhospitalière des unités mobiles hospitalières (UMH), fut créé le 16 juillet 1968 à Toulouse par le Pr Louis Lareng (président-fondateur en 1972), afin de coordonner les efforts médicaux entre les équipes préhospitalières (SMUR) et les services d’urgence hospitaliers. L’idée-force du SAMU était de transporter l’hôpital au pied du platane. « On y trouvait la police, les pompiers, mais pas l’hôpital », dira-t-il. Et surtout un autre élément fondamental, c’est la régulation. Au bout du fil, c’est un médecin qui décide quel type de secours il faut envoyer, en fonction de la gravité de l’accident et des moyens disponibles. Comme député, en 1986, il réussit à faire passer « l’amendement Lareng », qui fut adopté à l’unanimité, généralisant les SAMU dans toute la France et ce malgré l’opposition farouche du corps médical et l’hostilité du gouvernement. Il se souvient des « ambulances brûlant place de la Concorde » face à l’Assemblée nationale, lorsqu’il tente de faire voter sa loi. Mais sa ténacité, sa détermination furent enfin récompensées. Lors de la promotion du 14 juillet 2016, il a été nommé Grand officier de la Légion d’honneur par le Président de la République sur proposition du Premier ministre. Commandeur des Palmes académiques en 1976, officier de l’Ordre national du mérite en 1981, puis commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur en 1993, médaille échelon Grand Or de la Protection civile, Grand Prix en Health Information Technologies, il fut le premier professeur d’anesthésie-réanimation nommé en France tout en étant parallèlement médecin à Purpan. Dès 1955, il eut donc l’idée d’amener « le médecin au pied de l’arbre » pour sauver des vies en réduisant le temps nécessaire à la prise en charge médicale des personnes en détresse. Homme politique engagé à gauche, il sera conseiller municipal d’Ayzac-Ost dès 1951 puis maire de 1965 à 1977, conseiller municipal de Toulouse de 1983 à 1995, député PS de la 3e circonscription de la Haute-Garonne de 1981 à 1986, conseiller régional PS de Midi-Pyrénées de 1986 à 1992, délégué au district du Grand Toulouse de 1992 à 1995. De 1970 à 1976, il fut aussi président de l’université Toulouse III Paul-Sabatier. Il est aussi président de la Société Européenne de TéléMédecine et e-S@nté, et membre du comité exécutif de la société internationale de télémédecine. C’est en 1989 qu’il créé l’Institut européen de télémédecine, dont il est encore le président. Et c’est au Canada qu’il a découvert la télémédecine, où elle s’était développée pour que toute la population, répartie dans les grands espaces faiblement peuplés, puisse avoir accès aux soins. L’intérêt étant qu’on puisse discuter du cas d’un malade du fin fond des Pyrénées entre son généraliste, son radiologue et le chirurgien du CHU, sans que personne ne se déplace. « On peut soigner à distance en amenant le conseil médical, l’expertise en des lieux où il manque de médecins ou en remplaçant le médecin par un robot ». « La télémédecine n’est pas un outil, c’est un acte médical à distance ». Aujourd’hui dans la lutte contre les déserts médicaux et un accès aux soins à tous figurent en bonne place la télémédecine et la téléconsultation. Sans doute une nouvelle page de la médecine qui est en train de se tourner, et dont il est un des pionniers. En 1991, il sera président de la Fédération nationale de protection civile. Depuis 2012, il existe le Prix Louis Lareng. Il a été créé au Luxembourg et récompense l’ensemble de la carrière du professeur. Ce prix sera attribué par la suite à des personnes ayant œuvré dans le domaine de la télémédecine et de la e-santé. Le bâtiment-forum de l’Université de Rangueil porte son nom ainsi que le nouveau bâtiment de l’hôpital Purpan qui regroupe tous les services du SAMU. Grande figure de la médecine toulousaine, grand visionnaire, travailleur infatigable et citoyen engagé, il a consacré sa vie à organiser les secours pour ses concitoyens et à défendre l’égalité des chances devant l’accès aux soins. Il est décrit comme un homme passionné et chaleureux, proche de chacun, avec un accent entre mille reconnaissable dont les « r » roulent comme les torrents de ses Pyrénées et profondément attaché à sa terre natale. Homme fidèle à ses racines, à ses convictions, il restera un des grands hommes de Toulouse, au service de la Médecine et des valeurs de la République française, et qui aura mené une carrière professionnelle exceptionnelle. À 95 ans, toujours aussi passionné par le monde médical, il vient d’être nommé président d’honneur de l’Observatoire régional de l’innovation et des usages du numérique en santé.