Le « Je vous salue Marie » récité par Bernadette Soubirous dans le patois de Lourdes

« Le 15 Août prochain à Lourdes sera fêtée l’Assomption, qui commémore la montée de la Vierge Marie au Royaume de Dieu. Nombreux seront les fidèles et les pèlerins, qui à la Grotte de Massabielle vont égrener leur chapelet et réciter des « Je vous salue Marie… » en hommage à la Sainte Vierge.

En 1858, Bernadette Soubirous a 14 ans quand lui apparaît la Vierge Marie pour la première fois. Elle raconte avoir reçu dix-huit Apparitions d’une Dame blanche, qu’elle appelle « Aquero » (« cela » en patois lourdais), et qu’après lui avoir demandé plusieurs fois son nom, pressée par l’Abbé Peyramale, finit le 25 mars 1858, par lui répondre en gascon bigourdan et avec l’accent, «Que soy era Immaculada Councepciou» (« Je suis l’Immaculée Conception »).

Bernadette à son jeune âge ne savait ni lire ni écrire et elle ne s’exprimait qu’en patois, comme c’était la coutume en ce temps là. Et c’est dans cette langue occitane qu’elle a échangé et prié avec la Vierge Marie lors des Apparitions.

Mais quel pouvait bien être ce « Je vous salue Marie… » prononcé par Bernadette Soubirous lorsqu’elle était en prière ?

J’ai fait appel au très éminent linguiste occitan, Patrick Sauzet, Professeur émérite de l’Université de Toulouse, qui a réalisé une traduction bigourdane du « Je vous salue Marie… » ainsi qu’une traduction occitane large. Il a rajouté une deuxième traduction bigourdane, ne sachant pas si Bernadette utilisait le vouvoiement ou le tutoiement à l’égard de la Sainte Vierge.

Au Sanctuaire de Lourdes, le « Je vous salue Marie… » est récité à haute voix où à voix basse dans de nombreuses langues internationales. Espérons qu’un jour, cette prière du Rosaire, simple et universelle, sera récitée aussi dans la langue de Bernadette Soubirous : le patois lourdais. Celui-là même que prononça la Vierge Marie (la Dame) le 25 mars 1958, lors de la 16ème Apparition à la Grotte de Massabielle, à Lourdes.

Traductions de Patrick Sauzet, Agrégé de grammaire, Docteur en linguistique et président du Conseil linguistique du Congrès permanent.

Que-vs saludi, Maria, plea de gràcia, eth Senhor qu’es dab vos, qu’etz benedita entre [totas] eras hemnas,e Jèsus, eth frut deth vòste vrente, qu’es benedit. Senta Maria, mair de Diu, pregatz per nosaus, [praubes] pecadors, ara e a l’òra de la nosta mort. Amèn.* 

Te saludi Maria, plena de gràcia, lo Senhor es amb de tu. Ès benesida entre las femnas e Jèsus, lo fruch de ton ventre es benesit.Santa Maria, maire de Dieu, prèga per nosautres, pecadors, ara e dins l’ora de la nòstra mòrt. Amèn.

Si Bernadette appliquait le tutoiement en gascon aussi.

Que-t saludi, Maria, plea de gràcia, eth Senhor qu’es dab tu, qu’ès benedita entre [totas] eras hemnas, e Jèsus, eth frut deth ton vrente, es benedit. Senta Maria, mair de Diu, prèga per nosaus, [praubes] pecadors, ara e a l’òra de la nosta mort. Amèn. 

Henri Goursau :

42, avenue des Pyrénées 65 400 Ayzac-Ost

Tél. 06 80 46 78 20

www.goursau.com 

Henri GOURSAU, originaire d’Arrens-Marsous et aujourd’hui à la retraite, habite la plupart du temps à Ayzac-Ost. Ils est un lexicographe prolifique autodidacte passionné par l’écriture de dictionnaires unilingues, bilingues ou multilingues, consacrés à l’aéronaurique et à l’espace, aux termes militaires, à la marine, à l’automobile, à la médecine, à la cuisine, au football ainsi qu’aux mots savants et anglicismes. Il a créé sa propre maison d’édition. Il a lancé une collection qui propose 200 phrases types traduites, pour voyager en Europe, en Asie et en Afrique. Il a élaboré également un fascicule destiné aux réfugiés syriens, qui, partant de l’arabe, traduit 200 phrases dans les 26 langues de l’Union européenne.

Il n’oublie pas pour autant la richesse linguistique de la France, publiant un Dictionnaire des langues régionales de France qui, grâce à la participation d’une centaine de linguistes et de locuteurs, répertorie 55 dialectes régionaux.

Suite à cet article voici une lettre reçue de l’Abbé Jordi PASSERAT, titulaire d’un doctorat en théologie, d’une maîtrise d’histoire, directeur du Collège d’Occitanie, professeur émérite de l’Université catholique de Toulouse, mainteneur de l’Académie des Jeux floraux de Toulouse et prêtre du diocèse de Montauban.

«Il existe tout simplement une version officielle du JE VOUS SALUE en occitan languedocien, approuvée dans le MISSAL OCCITAN édité par la Commission pour la langue d’Oc à l’église en 1969. Bernadette ne le récitait qu’en latin et en français ! L’usage de l’occitan dans la liturgie remonte à 1965 avec le grand changement du Concile Vatican II qui décrète que la langue de la liturgie est celle du peuple qui prie, chacun dans sa langue.

On a des versions anciennes de l’AVE MARIA depuis le Moyen âge et la Renaissance (en gascon) mais personne n’a fait une recherche aussi importante que pour le PATER NOSTER;

Voici donc a version  officielle du MISSAL OCCITAN

Te saludi Maria, plena de gràcia,

lo Senhor es ambe tu,

ès benesida entre las femnas

e benesit lo fruch de ton ventre, Jèsus.

Santa Maria, maire de Dieu,

prèga per nosautres, pecadors,

ara e a l’ora de nòstra mòrt. Amen

Il existe une adaptation gasconne dans le PETIT MISSAU GASCON , paru en 1973 édité aussi par la Commission pour la langue d’Oc à l’Église et l’Escole Gastou Febus.

C’est plutôt du béarnais

Te saludi Maria, plea de gràcia,

lo Senhor qu’ei dambe tu,

qu’ès benedida entre las hemnas

e benedit qu’ei lo frut deu ton vente, Jèsus.

Senta Maria, mair de Diu,

prèga per nosauts, pecadors,

ara e a l’ora de nosta mòrt. Amèn.

Je pense que toute adaptation actuelle en divers parlers occitans doit calquer le texte officiel qui a été retenu par la Commission officielle. On a pour le NOTRE PÈRE, à Jérusalem, au moins 6 versions placardées dans le cloître du PATER. Pour le JE VOUS SALUE, il y a aussi une version au moins dans l’église de la Visitation à Ein Kerem où sont placardés plusieurs AVE MARIA dans toutes les langues, je crois que les félibres ont obtenu d’y insérer la traduction de Frédéric Mistral (à vérifier).

Je n’ai pas le souvenir que dans les paroles de Marie à Bernadette Soubirous figure le texte de l’Ave Maria, cela demande vérification.

Pour ce qui est d’introduire le TE SALUDI MARIA en bigourdan à la procession du 15 Août, il faut contacter les Bigourdans, qui organisent chaque année leur pèlerinage et ont des prêtres pour célébrer en oc. Nous arrivons parfois à obtenir la prière au micro lors du pèlerinage occitan annuel à Lourdes, chaque année le dernier dimanche d’avril.

Je n’ai pas pu obtenir que pour les bulles où est présentée l’eau de la source le texte en gascon soit le premier avant le français et si possible dans une graphie plus correcte que le texte phonétique approximatif fourni par Bernadette dans son manuscrit sous le contrôle du Jésuite qui a réussi à obtenir ce papier (anas a la ount e bi bania, anatz a la hont e v’i banhar!).»

Bien cordialement,

Abbé Jordi PASSERAT, seul survivant ou presque de cette Commission de 1979 (Missal occitan ou Messa en langa d’oc) avec Jacme Taupiac.