Jeudi 25 septembre à 10h au Square de la Médaille Militaire, boulevard du Lapacca (face au gymnase de La Coustète), s’est déroulée une belle et émouvante cérémonie commémorative de la Journée nationale d’hommage aux Harkis, en présence du Maire, du Premier-adjoint, le Conseiller municipal délégué aux Anciens combattants, des Représentants de la Gendarmerie et de la Police nationale, des Présidents des associations patriotiques et de leur Porte-drapeau…
Cette journée a été instituée en 2003 en reconnaissance des sacrifices consentis et des sévices subis par les Harkis, Moghaznis et personnels des diverses formations supplétives et assimilés du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie, entre 1954 et 1962. Notre pays a reconnu sa responsabilité dans la tragédie vécue par les Harkis et leurs familles et est engagé dans une politique de réparation et de reconnaissance.
La Cérémonie a commencé par la lecture d’un poème-hommage à ses parents d’André LADJINI, fils de Harkis et Président départemental des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. (lire celui-ci sous le diaporama-photos). Un momment fort émouvant.
Intervention suivie d’une partie d’un chant de la Légion Etrangère intitulé «Sous le soleil brûlant d’Afrique».
Puis en l’absence de la Sous-préfète c’est le Maire qui a lu le Message de Patricia MIRALLES, ministre déléguée auprès du ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants. (lire celui-ci sous le diaporama-photos). Un message marquant de reconnaissance.
Quatre gerbes ont été déposées. Celle de Monique LADJINI, veuve de Harki, accompagné du Lieutenant-Colonel DUBAU, fils du Commandant d’Unité de l’Adjudant-chef Luc LADJINI (son époux) et d’André LADJINI (son fils) Président local des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Celle de Gérard DUBOSCQ représentant «La Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie» (FNACA). Celle du Maire accompagné du Premier-adjoint et du délégué aux Anciens Combattants. Celle du Conseil départemental déposé par le Vice-président.
Suivies de la sonnerie aux Morts, d’une minute de Silence et de la Marseillaise chanté avec ferveur par tous.
En clôture de cérémonie, les autorités ont remercié les Porte-drapeaux, les Présidents d’associations patriotiques, les élus, le public.
Annie MURATORE
Message de Patricia MIRALLES, ministre déléguée auprès du ministre des Armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants, à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux Harkis et autres membres des formations supplétives, le 25 septembre 2025.
« Nous célébrons aujourd’hui la mémoire des Harkis, ces combattants qui ont écrit une page singulière et importante de notre histoire.
Célébrer les harkis et les autres membres de formations supplétives, c’est admirer un engagement, honorer un destin et reconnaitre une dette. C’est aussi dire que la France ne serait pas tout-à-fait la même sans les traces laissées par cette histoire qui fut à la fois lumineuse et tragique.
L’histoire d’un engagement, d’abord. Celui de ces hommes issus de toute l’Algérie, qui ont fait le choix de servir une France généreuse. Leur histoire est celle du don de soi, du combat, de l’effort, de la fidélité à la promesse républicaine qui avaient tant à donner, et dont ils espéraient tant. C’est aussi celle d’une communauté soudée, dont la solidarité s’est forgée dans le feu des combats et les nuits d’insomnies.
Dans les Aurès, dans les Hauts Plateaux, à Constantine et à Oran, partout en Algérie, ils ont servi. Et malgré les euphémismes, ils savaient, eux, qu’ils étaient embarqués dans une guerre.
Une guerre terrible où chacun est sommé de choisir un camp. Une guerre fratricide, avec son lot de haines qui s’aiguisent, de villages qui se disloquent et de familles qui se divisent. Ils sont les témoins déchirés d’une époque fracturée par la marche de l’histoire.
Une histoire qui se poursuit par un abandon dont la douleur s’est faite ressentir deux fois, sur chacune des rives de la Méditerranée.
En effet, quand la guerre prend fin pour beaucoup de soldats venus de métropole, leurs frères d’armes, les Harkis, sont, pour nombre d’entre eux, laissés sur place. Ils voient alors redoubler la violence du conflit, et avec elle son lot d’exactions, de tortures, de familles éplorées et de vies brisées.
Arrachés par le tragique de l’histoire à la terre de leurs parents, beaucoup n’ont trouvé d’autres refuges que leur fidélité à cette France qu’ils avaient pourtant davantage imaginée que connue.
Ils ne pourront oublier ni cela, ni celles et ceux qui, dans cette histoire par-delà l’indifférence et l’abandon, leur ont un jour tendu la main, ne trahissant ainsi ni leurs principes, ni la France. Ils étaient officiers, institutrices, instituteurs, employeurs, élus de la République ou simples citoyens.
Ceux qui parviennent à poser le pied sur le sol de ce pays pour lequel ils ont combattu sont seuls, parfois accompagnés de leurs familles. Sous le choc d’une vie qui bascule, ils sont accueillis avec méfiance, circonspection ou suspicion, sans considération pour l’immensité des sacrifices qui furent les leurs.
Beaucoup sont enfermés dans des camps, dans des hameaux de forestage, dans des conditions indignes, incompatibles avec le respect qu’une Nation doit à celles et ceux qui ont pris les armes pour la défendre.
Le destin tragique des Harkis est une blessure de notre histoire qui nous concerne tous. Mais il est aussi devenu une part de notre mémoire nationale.
Cette part est celle de la mémoire de combattants qui ont connu l’irréversibilité de leurs choix, de ces Harkis, Moghaznis, membres des groupes d’autodéfense, des groupes mobiles de sécurité ou des sections administratives spécialisées.
Cette communauté de mémoire, c’est aussi celle des familles de Harkis.
Ce sont les souvenirs de ces femmes, dont certaines furent elles-mêmes combattantes, et qui ont suivi leur mari dans cet exil dont la brutalité ne permettait aucun espoir de retour. Elles se souviennent de leur arrivée en métropole, du bruissement omniprésent d’une langue et d’une culture qu’elles ne connaissaient pas toujours.
Certaines se souviennent aussi de la beauté des tapis de Lodève, tissés de leurs mains dépositaires d’un savoir-faire ancestral. Elles se souviennent de l’apprentissage d’une nouvelle vie dans la douleur du déracinement subi.
Si nous célébrons aujourd’hui les combattants, que cette année soit aussi l’occasion d’un hommage renouvelé aux femmes de Harkis qui, dans toutes les familles, ont été des piliers souvent peu reconnus. En soutenant leur mari, en permettant à leurs enfants de grandir dans les meilleures conditions possibles, en trouvant quelque chose en elles après le désenchantement, elles ont, elles aussi, écrit l’histoire des Harkis.
La mémoire des Harkis, c’est aussi celle qui repose dans les souvenirs des enfants qui ont grandi à Rivesaltes, Bias, Saint-Maurice-l’Ardoise, Bourg-Lastic, au Larzac et dans tous les autres camps. Arrivés ou nés dans ces camps, en France mais pas tout-à-fait dans la République, ils ont grandi comme des reclus, évoluant dans les limites de cet espace qui leur était dévolu et auquel ils étaient assignés. Assignés à une vie dans laquelle même la devise républicaine avait été oubliée.
Ce sont aussi les souvenirs de ces enfants ou petits-enfants de Harkis qui, sans avoir fait l’expérience du déracinement ou des camps, ont reçu l’histoire de leurs parents en héritage.
Une histoire difficile, douloureuse, qu’ils ont parfois dû s’approprier entre non-dits ou silence gênés, qui a d’autres fois été expliquée et répétée. Une histoire à laquelle ils ont dû faire une place dans leur vie, comme le feront à leur tour leurs enfants après eux, car elle doit être une source de fierté.
En rendant hommage aujourd’hui aux Harkis et à leurs familles, nous célébrons ce qu’ils ont apporté à la France en la défendant mais aussi la fidélité remarquable dont ils ont témoigné.
La mémoire des Harkis est un hommage à la meilleure part de la France. Elle doit être valorisée, cultivée, diffusée. Plus que tout, elle doit être respectée. Mais aujourd’hui encore, des lieux dédiés aux Harkis sont vandalisés ou dégradés, quand ils ne deviennent pas le support d’inscription haineuse. Ces gestes de lâcheté blessent la mémoire des familles, insultent l’honneur des combattants, offensent la République elle-même. La Nation ne peut le tolérer.
Car la France ne peut oublier celles et ceux parmi les siens qui ont été si cruellement meurtris pour croire en elle.
Vive la République !
Vive la France ! »
