Agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées : le scrutin du mardi 23 décembre confirme le recul politique du maire de Lourdes

L’élection du président et des vice-présidents de la Communauté d’agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées, qui s’est tenue hier soir, mardi 23 décembre, a livré un message politique clair.
Si le maire de Lourdes, Thierry Lavit, a été réélu au poste de deuxième vice-président, le résultat du vote met en évidence une fragilisation nette de son influence au sein de l’assemblée communautaire.

Avec 59 voix et 55 abstentions, Thierry Lavit obtient le score le plus faible de l’ensemble des vice-présidents élus et accuse une perte de 33 voix par rapport à 2020. Un résultat qui, sans remettre en cause la validité de son élection, traduit une réserve politique importante et marque un coup d’arrêt à ses ambitions à l’échelle intercommunale.

Dans le même temps, le maire de Laloubère, Patrick Vignes, jusque-là premier vice-président, a été élu Président de l’agglomération avec 89 voix sur 113, confirmant la volonté majoritaire des élus de privilégier une gouvernance collégiale, équilibrée et territoriale.

Des scores révélateurs des équilibres politiques

Les résultats détaillés des votes de ce mardi soir dessinent clairement le rapport de forces au sein de l’agglomération.
La première vice-présidence, confiée à la maire de Tarbes Andrée Doubrère, a recueilli 97 voix, traduisant un soutien large et transversal.

Le maire de Saint-Pé-de-Bigorre, Jean-Claude Beaucoueste, a été réélu vice-président avec 93 voix. Un score élevé qui confirme non seulement son ancrage local, mais aussi son rôle structurant au sein de l’agglomération. Président de l’Association des maires ruraux des Hautes-Pyrénées, Jean-Claude Beaucoueste apparaît aujourd’hui comme une figure fédératrice, capable de rassembler largement au-delà de sa seule commune.

À l’inverse, l’entrée au bureau communautaire du maire de Loubajac, Guy Vergès, s’est faite avec 67 voix et 46 abstentions.
Un score supérieur à celui du maire de Lourdes, mais marqué par un nombre important d’abstentions. Cette situation ne remet nullement en cause la légitimité du maire de Loubajac, mais illustre une réalité politique bien connue : lorsqu’une candidature est perçue comme portée par une personnalité affaiblie, elle peut en subir les effets, indépendamment du parcours ou des qualités de l’élu concerné.

Une leçon politique à l’approche des municipales

Au-delà des fonctions intercommunales, le scrutin de ce mardi 23 décembre envoie un message fort à l’approche des élections municipales. Aucune élection n’est jamais une formalité. Présenter un scrutin comme acquis d’avance expose toujours à des déconvenues.

Le vote d’hier soir en est une illustration concrète. Ce qui semblait verrouillé a, en réalité, révélé des fragilités. Les abstentions nombreuses et les écarts de voix montrent que la confiance ne se décrète pas et qu’un optimisme trop affirmé peut masquer un malaise plus profond.

Les coulisses d’un vote sous tension

Les semaines précédant le scrutin permettent de mieux comprendre ce résultat.
Lors d’une première réunion préparatoire, à laquelle Thierry Lavit n’était pas présent, les vice-présidents réunis avaient acté une organisation claire et collégiale. Il avait été décidé de proposer Patrick Vignes à la présidence de l’agglomération et de confier la première vice-présidence à la ville de Tarbes, avec Andrée Doubrère, élue quelques jours plus tôt à la suite de la peine d’inéligibilité prononcée à l’encontre de l’ancien maire de Tarbes, Gérard Trémège.

Lors d’une seconde réunion, le climat évolue. Arrivé en retard, Thierry Lavit modifie son positionnement dans la salle et exprime son intention de revendiquer la première vice-présidence, tout en proposant l’entrée de Guy Vergès en remplacement de Gérard Clavé.

Cette initiative surprend de nombreux élus, car elle ne correspond pas aux décisions collégiales précédemment arrêtées. Le jour du vote, plusieurs élus alertent directement Thierry Lavit sur le rapport de forces réel au sein de l’assemblée. Le message est clair, une candidature à la première vice-présidence se solderait par un désaveu sévère.

Au vu de ces informations, Thierry Lavit renonce et attend le vote pour le poste de deuxième vice-président, fonction qu’il occupe depuis 2020. Sa réélection, acquise mais fragile, confirme néanmoins la perte de confiance d’une partie significative des élus.

Une étiquette macroniste assumée

Pour ceux qui contesteraient l’étiquette macroniste du maire de Lourdes, les faits sont publics. Emmanuel Macron est venu à deux reprises à Lourdes, accueilli comme il se doit en tant que chef de l’État, mais aussi soutenu politiquement par le maire de la ville.

Lors de la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, Thierry Lavit avait apporté un soutien appuyé au candidat de la majorité présidentielle sur la circonscription de Lourdes, Benoît Mournet, aujourd’hui retiré de la vie parlementaire depuis la dissolution de l’Assemblée nationale.

Sans établir de lien mécanique, cette séquence nationale trouve un écho dans les résultats observés hier soir. S’afficher trop fortement comme macroniste ne constitue plus nécessairement un avantage politique, y compris à l’échelle locale.

Un message politique clair

Au terme du scrutin de ce mardi 23 décembre, le message envoyé par les élus communautaires est limpide. La gouvernance de l’agglomération repose sur le consensus, non sur l’imposition.
Ni le poids symbolique d’une ville, ni l’alignement avec le pouvoir central ne suffisent à garantir l’adhésion.

Une réalité politique dont les enseignements dépasseront largement le cadre intercommunal et pèseront, à n’en pas douter, sur les prochaines échéances municipales.

J.P.C