Finances de Lourdes : quand la dette baisse… mais que la ville reconnaît ses difficultés

Pendant que la communication municipale affirme que «tout va bien» et que la dette de la Ville de Lourdes aurait été «divisée par deux», un document administratif officiel raconte une autre réalité, plus nuancée et surtout plus préoccupante.
Un procès-verbal public révèle en effet que la Ville de Lourdes a reconnu par écrit rencontrer des difficultés financières, au point de ne pas pouvoir honorer, dans les conditions normales, une contribution qu’elle devait verser.

Cette reconnaissance ne relève pas d’une analyse politique : elle figure noir sur blanc dans une délibération officielle, à la suite d’un courrier adressé par le maire de Lourdes au Syndicat Mixte du Hautacam.

Un courrier formel, acté dans un document public

Le procès-verbal du Conseil communautaire du 23 juin 2025 précise explicitement que le syndicat a reçu un courrier de la Ville de Lourdes, daté du 10 avril 2025, faisant état de ses difficultés financières. Ce courrier est à l’origine directe d’une modification temporaire des règles de participation financière entre les collectivités membres.

⬛⬛⬛ Noir sur blanc – extrait exact de la délibération ⬛⬛⬛

«Considérant que le courrier de M. le Maire de Lourdes en date du 10 avril 2025 adressé à M. le Président du Syndicat Mixte du Hautacam, fait état des difficultés financières de la ville de Lourdes et du projet d’accord financier avec la CCPVG afin d’honorer le montant de la contribution appelée par le Syndicat Mixte du Hautacam pour 2025 sans nuire à leurs budgets respectifs, et ce sur les exercices budgétaires 2025 à 2030 inclus,»

(Procès-verbal du Conseil communautaire du 23 juin 2025)

Pourquoi cette situation se pose aujourd’hui

Le contexte est rappelé dans la délibération : le Syndicat Mixte du Hautacam connaît des difficultés financières importantes, notamment liées à un déficit d’exploitation causé par plusieurs années de faible enneigement. Pour équilibrer son budget 2025, la contribution globale demandée aux membres est passée de 630 000 € en 2024 à 1 438 852 € en 2025, soit une hausse de 128 % en un an.

Selon les statuts, cette contribution devait être répartie entre :

  • la Ville de Lourdes (35 %),
  • et la Communauté de communes Pyrénées Vallées des Gaves (CCPVG), l’intercommunalité regroupant plusieurs communes du territoire (65 %).

Face à cette hausse brutale, la Ville de Lourdes a indiqué ne pas pouvoir assumer sa part dans les conditions prévues, ce qui a conduit à un aménagement exceptionnel des statuts.

Dette en baisse, mais marges financières réduites

C’est ici que se situe le décalage entre le discours public et la réalité budgétaire.
La délibération rappelle que les difficultés financières de la Ville de Lourdes ont un impact direct sur sa capacité d’autofinancement nette (CAF nette).

La CAF nette, c’est l’argent qu’il reste réellement à une commune après avoir payé toutes ses charges et remboursé ses emprunts.
C’est l’indicateur clé suivi par la DGFIP pour évaluer la solidité financière d’une collectivité.

Ainsi, une dette qui diminue n’implique pas automatiquement une situation financière confortable. Une commune peut voir sa dette baisser tout en disposant de peu de marge de manœuvre immédiate, notamment pour faire face à une dépense imprévue ou à une forte hausse de charges.

Une modification statutaire pour faire face à la contrainte

Pour l’année 2025, la solution retenue prévoit :

  • une minoration de 200 000 € de la contribution de la Ville de Lourdes,
  • compensée par une majoration équivalente de la contribution de la CCPVG.

Un rééquilibrage progressif est ensuite prévu entre 2026 et 2030, avec un ajustement annuel limité à 40 000 €.

Un éclairage factuel sur la situation financière

Ce document ne remet pas en cause les efforts de gestion engagés par la Ville de Lourdes, ni le principe d’une dette en diminution. Il apporte en revanche un éclairage factuel et officiel sur une réalité souvent moins visible : les tensions sur le fonctionnement et la capacité financière immédiate de la commune.

Un élément désormais public, consigné dans un procès-verbal administratif, qui permet de mieux comprendre les arbitrages budgétaires actuels et les contraintes auxquelles la Ville de Lourdes est confrontée.

J.P.C