Alors que la campagne électorale arrive à sa fin, le maire sortant multiplie les annonces de projets structurants pour la ville. Pourtant, les documents financiers officiels révèlent une réalité bien plus sombre : la municipalité semble aujourd’hui dépendre de lignes de crédit répétées pour assurer ses dépenses courantes.
Un contraste saisissant : Projets vs Réalité
Comment financer de nouveaux projets quand on doit emprunter pour payer le quotidien ? Les deux décisions signées par le maire (n° 2025_245 et n° 2026_1) montrent que la ville a dû contracter deux lignes de trésorerie d’un million d’euros chacune en l’espace de quelques semaines.
Le fait que la seconde ligne intervienne si tôt après la première suggère que les « tirages » par tranches de 10 000 € sont fréquents et nécessaires pour éviter la rupture de paiement.
Le « Signal d’Alarme » occulté
Le programme de campagne du candidat sortant peut sembler séduisant, mais il omet un document crucial : le courrier du 10 avril 2025. Dans cette lettre adressée au Syndicat Mixte du Hautacam, le maire avouait lui-même les « difficultés financières de la ville de Lourdes » et son incapacité à honorer ses engagements sans aide extérieure.
L’élue Annie Sagnes a d’ailleurs été très claire lors du conseil communautaire du 23 juin 2025 : la situation financière de la ville « impacte négativement leur capacité d’autofinancement nette (CAF nette) ». Or, sans CAF nette, il est techniquement impossible de lancer de nouveaux investissements sans surendetter davantage la commune.
Une dette déguisée et des échéances reportées
La gravité de la situation se lit aussi dans les « arrangements » passés avec la Communauté de Communes (CCPVG). Pour soulager le budget 2025, la ville a obtenu un report de charges de 200 000 €. Mais ce n’est qu’un répit : cette somme devra être remboursée par des majorations de contribution chaque année jusqu’en 2030.+2
En clair, la municipalité actuelle « mange son pain blanc » en reportant le poids de sa gestion sur les mandats futurs.
Conclusion : Des châteaux en Espagne ?
Proposer un programme riche en projets dans ce contexte relève soit d’un optimisme héroïque, soit d’un déni de réalité budgétaire. Les électeurs sont en droit de se demander : avec quel argent ces promesses seront-elles financées, alors que la ville en est réduite à solliciter des crédits bancaires à court terme à des taux frôlant les 3% pour simplement rester à flot ?
Comprendre la crise financière de Lourdes : Manuel de décryptage
Pour bien saisir la gravité de la situation, il faut distinguer la gestion courante (payer les factures) de l’investissement (les projets d’avenir). Actuellement, la ville semble en difficulté sur les deux fronts.
1. La « Ligne de Trésorerie » : Un découvert bancaire géant
Imaginez une famille qui n’arrive plus à payer ses courses avec son salaire et qui demande à sa banque une autorisation de découvert permanente. C’est exactement ce que fait la mairie :
- Le mécanisme : La ville a ouvert deux lignes de 1 000 000 € chacune.
- L’utilisation : Elle pioche dedans par tranches de 10 000 € minimum selon ses besoins immédiats.
- Le signal d’alerte : On ne contracte pas une deuxième ligne de crédit (Janvier 2026) un mois après la première (Décembre 2025) si la situation est sous contrôle. Cela indique une consommation rapide des fonds pour boucher des trous de trésorerie.
2. La perte de l’autofinancement (CAF nette)
C’est le point le plus technique et le plus grave mentionné dans les rapports officiels.
- Qu’est-ce que la CAF nette ? C’est l’argent qui reste à la ville une fois qu’elle a payé ses charges et remboursé ses dettes passées. C’est cet argent qui permet de financer de nouveaux projets (écoles, routes, équipements).
- Le constat : L’élue Annie Sagnes confirme que les difficultés de la ville « impactent négativement leur capacité d’autofinancement nette ».
- La conséquence : Si la CAF est négative ou proche de zéro, la ville est incapable de lancer le moindre projet de son programme sans emprunter massivement à nouveau, ce que les banques ou la DGFIP pourraient refuser.
3. Le « Pacte de Solidarité » : Une dette déguisée sur 5 ans
Pour éviter la faillite immédiate du Syndicat du Hautacam (dont Lourdes est membre), un montage a été créé:+1
- Le cadeau immédiat : En 2025, la Communauté de Communes (CCPVG) paie 200 000 € à la place de Lourdes.
- Le revers de la médaille : De 2026 à 2030, la ville de Lourdes devra rembourser cette somme en payant 40 000 € de plus chaque année.
- L’enjeu électoral : Le maire actuel « achète » de la tranquillité aujourd’hui, mais il hypothèque le budget du prochain mandat (2026-2030).
Synthèse : Le paradoxe du candidat sortant
| Réalité des documents (2025-2026) | Promesses du Programme de Campagne |
| Aveu officiel : Courrier du 10 avril 2025 admettant des « difficultés financières ». | Annonces de nouveaux projets d’envergure. |
| Urgence : 2 millions d’euros d’emprunts de trésorerie à court terme. | Promesse d’une gestion dynamique et sans hausse d’impôts (généralement). |
| Dépendance : Secours financier de l’intercommunalité pour boucler le budget. | Affirmation d’une ville forte et autonome. |
En résumé : La ville vit « à crédit » pour ses dépenses quotidiennes. Prétendre pouvoir financer de grands projets dans ces conditions sans expliquer d’où viendra l’argent (nouvelles taxes ou coupes budgétaires massives) pose une question de sincérité vis-à-vis des électeurs.
J.P.C


