Finances de Lourdes : les affirmations de Patrick Lefort sérieusement mises en cause

Depuis plusieurs jours, les finances de la ville de Lourdes font l’objet d’un véritable ping-pong politique entre la liste du maire sortant Thierry Lavit et celle menée par Gérald Capel. Chacun avance ses arguments, ses chiffres et sa lecture de la situation financière de la commune.

Mais le rôle d’un média n’est pas de prendre pour argent comptant les déclarations des responsables politiques ou de leurs colistiers. Le rôle d’un journaliste est d’enquêter, de vérifier les documents et de confronter les affirmations aux faits.

Face à ces prises de position contradictoires, Lourdes Actu a donc consulté les rapports officiels et notamment celui de la Chambre régionale des comptes, afin de vérifier ce qu’il en est réellement.

Car en matière de finances publiques, une seule chose compte : les faits et les documents officiels.

Et justement, que disent-ils ?

Patrick Lefort affirme que la ville de Lourdes serait sortie des radars de la DGFIP en 2024, laissant entendre que cette amélioration serait le fruit direct de la gestion municipale actuelle.

Or le rapport de la Chambre régionale des comptes de 2022 dit tout autre chose, noir sur blanc. On peut y lire ceci :

« La capacité de désendettement s’est redressée en fin de période, avec un délai de neuf et dix ans en 2019 et 2020, se situant désormais sous les seuils d’alerte. »

La phrase est limpide. En 2019 et en 2020, la ville de Lourdes était donc déjà repassée sous les seuils d’alerte.

Dès lors, deux solutions seulement existent : soit Patrick Lefort se trompe, soit il faut considérer que la ville est repassée dans les radars entre 2021 et 2023 avant d’en ressortir en 2024. Car on ne peut pas “sortir” en 2024 d’un système d’alerte dont on était déjà sorti en 2019 et 2020, sauf à y être revenu entre-temps.

À moins, bien sûr, que Patrick Lefort considère que ce passage du rapport de la Chambre régionale des comptes serait faux. Mais dans ce cas, il lui appartient d’écrire aux magistrats financiers pour leur signaler que, selon lui, ce qu’ils ont inscrit dans leur rapport officiel serait mensonger.

On voit bien ici la fragilité de la communication municipale : face à un document officiel, la mise en scène politique ne tient plus.

Autre affirmation contestable : celle concernant le recompactage de la dette opéré sous la précédente municipalité conduite par Josette Bourdeu.

Patrick Lefort explique aujourd’hui que la ville a dû stopper ou reporter huit prêts, en laissant entendre que cette situation serait liée au recompactage engagé par l’ancienne équipe. Là encore, cette présentation est trompeuse.

Recompacter une dette, c’est pourtant un mécanisme simple : plusieurs prêts sont regroupés en un seul, afin de renégocier les conditions, obtenir un taux plus favorable et lisser le remboursement sur une durée parfois un peu plus longue. Le principe est donc clair : plusieurs prêts deviennent un seul prêt restructuré.

Dès lors, comment peut-on prétendre aujourd’hui que les huit prêts arrêtés ou reportés seraient ceux qui ont été recompactés par l’ancienne municipalité ?

C’est impossible.

Si ces prêts avaient réellement été recompactés, ils ne formeraient plus huit lignes distinctes. Ils auraient déjà été fusionnés. Par définition, les huit prêts dont parle Patrick Lefort ne sont donc pas les prêts recompactés sous Josette Bourdeu.

Ils correspondent en réalité à d’anciens emprunts plus anciens, remontant à la période Jean-Pierre Artiganave, qui n’avaient justement pas été intégrés dans cette opération de restructuration.

Sur ces deux points majeurs, la démonstration est simple.

Premièrement, la ville de Lourdes était déjà revenue sous les seuils d’alerte en 2019 et 2020, comme l’écrit explicitement la Chambre régionale des comptes.

Deuxièmement, les huit prêts évoqués aujourd’hui ne peuvent pas être les prêts recompactés par l’ancienne majorité, puisque le recompactage consiste précisément à fusionner plusieurs prêts en un seul.

Autrement dit, la version présentée par Patrick Lefort ne colle ni avec les documents officiels, ni avec les principes mêmes de gestion de la dette publique.

Les finances de Lourdes méritent mieux que des approximations, mieux que des raccourcis, et surtout mieux que des éléments de langage répétés devant une presse choisie.

Les Lourdaises et les Lourdais ont droit à la vérité. Et la vérité, en matière budgétaire, se lit dans les rapports, dans les comptes, dans les chiffres. Pas dans les effets d’annonce.

J.P.C