Bancs de la Grotte : quand la nécessité financière conduit à vendre au plus mauvais moment

À Lourdes, les bancs de la Grotte ne sont pas de simples commerces. Ils font partie du patrimoine historique et économique de la ville. Depuis des décennies, ces emplacements situés à proximité du Sanctuaire représentent une ressource pour la commune et un élément du patrimoine collectif des Lourdais.

Car il faut le rappeler : ces bancs n’appartiennent pas à un maire ou à une équipe municipale. Ils appartiennent à la ville de Lourdes. Le maire, quel qu’il soit, n’en est que le gestionnaire temporaire, chargé de défendre au mieux l’intérêt des habitants.

C’est pourquoi les ventes réalisées ces dernières années posent aujourd’hui question.

Une promesse de moratoire… puis une reprise des ventes

Lors de la campagne municipale de 2020, Thierry Lavit avait pris un engagement clair : annuler la vente des bancs de la Grotte et instaurer un moratoire sur ce dossier.

Pourtant, au cours du mandat, les ventes ont finalement repris.
Entre 2021 et 2024, plus d’une vingtaine de bancs ont été vendus, pour un montant total de 6 290 940 €.

Pourquoi ce revirement ?

Pour comprendre le débat, il faut regarder les chiffres.

En 2019, les services des Domaines avaient évalué ces bancs à 7 755 000 €.

Or les ventes réalisées entre 2021 et 2024 ont rapporté 6 290 940 €, soit 1 464 060 € de moins que cette estimation.

Quelques exemples tirés du tableau illustrent cet écart :

  • banc estimé 490 000 €, vendu 465 500 €
  • banc estimé 480 000 €, vendu 422 400 €
  • banc estimé 515 000 €, vendu 374 000 €
  • banc estimé 315 000 €, vendu 205 920 €

Ces ventes sont intervenues dans un contexte bien particulier : celui de l’après-Covid.

À cette période, Lourdes subissait encore les conséquences de la crise sanitaire. Le tourisme international s’était effondré, les commerces avaient vu leur activité chuter et la valeur des fonds de commerce avait mécaniquement baissé.

Autrement dit, le marché n’était pas favorable pour vendre.

Alors pourquoi vendre malgré ce contexte ?

Plusieurs observateurs avancent une explication simple : la situation financière de la ville nécessitait de faire rentrer rapidement de l’argent dans les caisses municipales.

La vente des bancs a permis à la commune de récupérer plus de 6 millions d’euros, qui ont notamment servi à financer des investissements sans recourir à de nouveaux emprunts.

Cette stratégie a d’ailleurs permis à la municipalité d’afficher une baisse de l’endettement.

Mais cette situation pose une question de fond : la ville avait-elle réellement le choix ?

Lorsque les finances sont solides, une collectivité peut attendre le bon moment pour vendre un bien.
Mais lorsqu’elle a besoin de liquidités immédiates, elle peut être contrainte de vendre rapidement, même si le marché n’est pas favorable.

C’est un peu la même situation qu’un foyer en difficulté financière.

Lorsqu’une famille n’est pas pressée, elle peut attendre le bon moment pour vendre sa maison afin d’en obtenir le meilleur prix.

Mais lorsqu’elle est acculée et qu’elle doit absolument trouver de l’argent rapidement, elle est parfois obligée de vendre dans l’urgence… et souvent en dessous de la valeur réelle du bien.

C’est précisément la question qui se pose aujourd’hui pour les bancs de la Grotte.

Car derrière ces ventes, il ne s’agit pas d’un patrimoine privé.

Il s’agit du patrimoine des Lourdais.

La question n’est donc pas de savoir si ces ventes étaient possibles juridiquement. Elles l’étaient.

La question est plutôt celle-ci : la ville a-t-elle été contrainte de vendre son patrimoine au moment le plus défavorable ?

Car si tel est le cas, alors la collectivité aura peut-être sacrifié une partie de la valeur de son patrimoine pour répondre à une urgence financière.

Et ce patrimoine, au final, appartient à tous les Lourdais.

J.P.C