Conseil municipal de Lourdes : une conception du pouvoir qui interroge

Ce vendredi 27 mars, le conseil municipal de Lourdes s’est tenu au Palais des congrès, comme c’est désormais le cas en raison de l’inaccessibilité de la salle du conseil municipal au sein même de la mairie aux personnes à mobilité réduite. À l’ordre du jour figuraient notamment la mise en place des commissions municipales et la désignation des représentants dans les organismes extérieurs.

Sur les commissions municipales, la répartition s’est faite dans la continuité des pratiques habituelles. Désormais au nombre de dix contre neuf auparavant, elles sont composées chacune de dix membres, avec huit représentants de la majorité et deux de l’opposition. Une organisation classique, conforme au rapport de force issu des urnes, qui n’a suscité aucune contestation.

La situation a en revanche changé de ton lors de la désignation des représentants de la ville dans les organismes extérieurs, syndicats, structures partenaires ou instances diverses. Sur ce point, la majorité a fait un choix sans ambiguïté : aucune place n’a été laissée à l’opposition. Aucun élu de l’opposition ne siègera dans ces instances.

Dès le premier vote, les élus d’opposition ont rapidement compris qu’aucune ouverture ne leur serait accordée. Ils ont alors fait le choix de ne plus proposer de noms ni de listes pour les désignations suivantes. Non par renoncement, mais parce que l’issue était connue d’avance. Continuer aurait relevé d’une forme de mise en scène, sans utilité réelle, sinon celle de donner à voir une opposition systématiquement battue.

Pour ces élus, la séquence a pris une autre dimension. Au-delà d’un simple rapport de force politique, ils y ont vu la volonté de la majorité de marquer son territoire, d’affirmer sa domination et de rappeler, de manière très visible, « qui décide ». Une démonstration de puissance qui, sur le moment, a pu donner le sentiment d’un rapport de force assumé, mais qui interroge sur la conception du rôle de la majorité après une victoire électorale.

Car une fois l’élection passée, le maire n’est plus seulement le représentant de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Il devient celui de l’ensemble des habitants. Or les chiffres rappellent une réalité souvent oubliée.

Sur 9 440 inscrits, 3 787 électeurs ont voté pour la majorité et 1 771 pour la liste menée par Gérald Capel.

Dans le même temps, 3 645 personnes ne se sont pas déplacées, 228 ont voté blanc et 599 ont voté nul. Au total, 61,9 % des inscrits n’ont donc pas voté en faveur de la majorité actuelle. Autrement dit, 61,9 % des inscrits ne se sont pas prononcés en faveur de l’équipe aujourd’hui en place.

Dans ce contexte, exclure totalement l’opposition des instances extérieures ne revient pas seulement à écarter cinq élus. C’est aussi envoyer un signal à une partie importante de la population. Celui que leur voix ne trouvera pas de relais dans ces lieux de décision.

Certains y voient une forme de crispation du pouvoir. Là où l’on attend généralement d’une majorité forte qu’elle fasse preuve d’ouverture et de hauteur, le choix fait lors de ce conseil municipal est perçu par l’opposition comme l’inverse : non pas celui de la confiance, mais celui de la démonstration. Une attitude que certains n’hésitent pas à qualifier de « mauvais gagnant », à rebours de l’idée selon laquelle la victoire électorale impose aussi une responsabilité particulière.

Un autre point a également retenu l’attention lors de cette séance : celui des délégations accordées au maire. Fait inhabituel, le maire a lui-même procédé à la lecture de la délibération lui attribuant ses propres pouvoirs. Une pratique légale, mais qui surprend au regard des précédents.

En 2014, sous Josette Bourdeu, cette lecture avait été assurée par le premier adjoint Alain Garrot.

En 2020, Thierry Lavit avait également confié cette tâche à Philippe Ernandez.

Dès lors, une question se pose : pourquoi ce rôle n’a-t-il pas été confié cette fois au premier adjoint, Stéphane Peyras ? Une interrogation d’autant plus présente que cette délibération renforce les pouvoirs du maire, notamment avec un relèvement du plafond des lignes de trésorerie, désormais fixé autour de 2 millions d’euros contre 1 million auparavant.

Enfin, la question des indemnités a confirmé une évolution notable du fonctionnement municipal. Les 28 élus de la majorité disposeront tous d’une délégation et percevront une indemnité, une situation inédite à Lourdes. Jusqu’ici, seules certaines fonctions, maire, adjoints et quelques conseillers délégués étaient concernées. Les cinq élus d’opposition, eux, ne percevront aucune indemnité.

Au terme de ce conseil municipal, une ligne politique semble se dessiner : celle d’une majorité qui exerce pleinement ses prérogatives et assume de gouverner seule. Mais cette posture pose une question de fond : celle de la place accordée à l’ensemble des Lourdais dans la conduite des affaires publiques. Car si la victoire électorale confère une légitimité, elle impose aussi une exigence, celle d’incarner une fonction qui dépasse les clivages et rassemble au-delà de son seul camp.

P.N