Saviez-vous que la Ville de Lourdes possède un Renault Espace haut de gamme utilisé par la municipalité ?
Une question se pose alors naturellement : combien ce véhicule a-t-il coûté aux Lourdaises et aux Lourdais ?
La réponse paraît simple. Pourtant, elle a donné lieu à un étonnant échange lors d’un récent conseil municipal.
Ce jour-là, le maire de Lourdes, Thierry Lavit, reproche à l’ancienne municipalité conduite par Josette Bourdeu l’achat de plusieurs véhicules, évoquant même une « flotte de voitures ».
Une affirmation contestée par le conseiller municipal d’opposition Philippe Subercazes, qui rappelle que les deux Citroën C3 et la Peugeot 208 auxquelles il est fait référence avaient été acquises sous le mandat précédent, en fin de mandat de Jean-Pierre Artiganave. Selon lui, le seul véhicule acheté sous le mandat de Josette Bourdeu était une Peugeot 508.
Au cours de cet échange, Philippe Subercazes fait alors remarquer que la municipalité actuelle a elle aussi procédé à l’acquisition d’un véhicule particulièrement bien équipé : un Renault Espace stationné sur le parking de la mairie.
La réponse du maire surprend.
Selon lui, ce véhicule n’aurait coûté que 11 490 € aux contribuables lourdais.
Pour un Renault Espace de cette catégorie, même d’occasion, le montant paraît étonnamment faible.
Intrigué par ce chiffre, Philippe Subercazes décide alors de demander officiellement la facture d’achat du véhicule ainsi que les éléments permettant d’expliquer ce calcul.

Une facture à 25 000 €
Les documents transmis par la mairie sont clairs.
Le Renault Espace a été acheté auprès du garage Eden Auto Renault Lourdes le 16 février 2022 pour un montant de 25 000 €.
La facture communiquée par la municipalité mentionne un règlement de 25 000 € au concessionnaire.
Autrement dit, le prix d’achat du véhicule est bien de 25 000 €.
Alors comment passe-t-on de 25 000 € à 11 490 € ?

Le calcul de la mairie
Dans son courrier de réponse, la municipalité explique qu’il convient de déduire du prix du véhicule :
- 6 300 € provenant de la vente d’une Peugeot 508 appartenant à la commune ;
- 7 210 € correspondant à une indemnisation d’assurance liée à une Renault Zoé communale.
25 000 € – 6 300 € – 7 210 € = 11 490 €
C’est ce chiffre que le maire avait annoncé en conseil municipal.

Coût d’achat ou mode de financement ?
C’est précisément sur ce point que porte aujourd’hui le débat.
Personne ne conteste que la Ville pouvait utiliser ces recettes.
Une commune est libre d’utiliser le produit de la vente d’un bien communal ou une indemnisation d’assurance pour financer un investissement.
Mais ces recettes restent des recettes.
La Peugeot 508 appartenait déjà à la collectivité.
La Renault Zoé appartenait déjà à la collectivité.
Ces véhicules faisaient partie du patrimoine communal, c’est-à-dire du patrimoine des Lourdaises et des Lourdais.
Une fois vendus ou indemnisés, les sommes perçues sont entrées dans les caisses de la Ville et pouvaient être utilisées pour financer n’importe quelle politique publique : travaux, équipements, voirie, investissements ou achat d’un véhicule.
Pour prendre un exemple simple : lorsqu’un particulier revend sa voiture 10 000 € puis achète un nouveau véhicule 25 000 €, personne ne dira que sa nouvelle voiture a coûté 15 000 €. Elle a coûté 25 000 €, dont une partie a été financée grâce à la valeur de l’ancien véhicule.
La question posée aujourd’hui est exactement la même.
Une présentation qui interroge
Les règles des finances publiques reposent notamment sur le principe d’universalité budgétaire, qui impose une présentation distincte des recettes et des dépenses afin d’assurer la transparence des comptes publics.

Dans le cas présent :
- l’achat du Renault Espace constitue une dépense de 25 000 € ;
- la vente de la Peugeot 508 constitue une recette ;
- l’indemnisation de la Renault Zoé constitue une autre recette.
Ces opérations sont juridiquement et comptablement distinctes.
Le Renault Espace a pu être financé en partie grâce à ces recettes. Mais cela ne modifie pas le montant versé au concessionnaire pour acquérir le véhicule.
La facture demeure de 25 000 €.
Une chronologie qui mérite également d’être relevée
Le courrier de la mairie indique que la Peugeot 508 a été vendue le 7 janvier 2022, soit quelques semaines avant l’achat du Renault Espace le 16 février 2022.
En revanche, le même courrier précise que la Renault Zoé a été cédée à un épaviste le 13 novembre 2023, soit près de deux ans après l’acquisition du Renault Espace.
Cette chronologie soulève naturellement des interrogations sur la manière dont ont été présentées les différentes opérations retenues pour aboutir au chiffre de 11 490 €.

Au final, combien les Lourdais ont-ils payé ?
Au final, une chose est certaine : le Renault Espace a bien été acheté 25 000 € et c’est bien cette somme qui a été versée par la Ville de Lourdes au concessionnaire.
Que ce véhicule ait ensuite été financé en partie par la vente d’une Peugeot 508 communale ou par une indemnisation d’assurance liée à une Renault Zoé est une autre question.
Ces recettes appartenaient déjà à la collectivité. Elles faisaient partie du patrimoine des Lourdaises et des Lourdais.
Le financement d’un achat ne modifie pas son prix.
Cette affaire a au moins le mérite de rappeler qu’en matière de finances publiques, les chiffres méritent parfois d’être regardés de près. Car entre le montant annoncé en séance publique et les documents finalement transmis par la mairie, l’écart est loin d’être anodin.
À l’heure où les collectivités demandent toujours davantage d’efforts aux contribuables, la transparence et la précision des chiffres présentés aux habitants devraient être une exigence absolue.
Peut-être faudra-t-il, à l’avenir, examiner avec encore plus d’attention certaines présentations financières afin de distinguer clairement ce qui relève du coût réel d’un investissement et ce qui relève simplement de son mode de financement.
Les documents étant désormais publics, chacun pourra se faire sa propre opinion.

| Prenons un exemple très simple. Vous possédez un véhicule qui vaut 10 000 €. Vous le vendez et utilisez cet argent pour acheter une nouvelle voiture à 25 000 €. Vous complétez avec 15 000 € de votre poche. Jusque-là, tout le monde comprend que votre nouvelle voiture a coûté 25 000 €, dont 10 000 € financés par la vente de l’ancienne. Mais imaginons maintenant qu’un autre véhicule vous appartenant soit accidenté près de deux ans plus tard et que votre assurance vous verse 10 000 € d’indemnisation. Allez-vous expliquer à vos amis que la voiture achetée deux ans auparavant ne vous a finalement coûté que 5 000 € ? Bien sûr que non. Cette indemnisation est une nouvelle recette qui arrive deux ans après. Elle ne change pas le prix que vous avez payé pour la voiture achetée auparavant. C’est précisément la question qui se pose aujourd’hui. Le Renault Espace a été acheté le 16 février 2022 pour 25 000 €. La vente de la Peugeot 508 peut être comprise comme une recette disponible au moment de l’achat. En revanche, l’indemnisation de la Renault Zoé est rattachée par la mairie à une opération intervenue en novembre 2023, soit près de deux ans plus tard. Comment une recette perçue près de deux ans après l’achat d’un véhicule peut-elle être utilisée aujourd’hui pour expliquer que ce véhicule n’aurait coûté que 11 490 € ? C’est une question légitime que chaque Lourdais est en droit de se poser. |




