Qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes plus en campagne électorale. L’heure n’est plus aux joutes oratoires, aux promesses de tribunes ou aux chiffres lancés pour discréditer un adversaire. L’article que vous allez lire ne cherche pas à polémiquer, mais à informer.
Les données que nous révélons aujourd’hui ne sont ni truquées, ni mensongères, ni exagérées. Elles ne sortent pas d’un chapeau de magicien, mais d’un document administratif froid et officiel : le Budget Primitif (BP) 2026 de la Ville de Lourdes. Ce document, que tout citoyen peut télécharger et consulter librement, constitue la seule « preuve à l’appui » de notre analyse.
C’est dans ce texte, voté ce mardi 28 avril, que se cache la réalité comptable de notre cité. Et cette réalité est brutale : si l’on sort de l’illusion d’optique des colonnes équilibrées, les chiffres officiels crient l’urgence. Derrière le papier glacé des discours, Lourdes vit désormais totalement à crédit.
L’alerte rouge : une épargne en dessous de zéro
Le budget 2026, voté ce mardi 28 avril, révèle une anomalie qui fait trembler les bancs de l’opposition. Alors que la mairie affirme disposer de moins de personnel qu’auparavant, la facture des salaires a bondi de 4,3 millions d’euros en un seul mandat. Une hausse de 40 % qui interroge : où est passé l’argent ?
C’est un calcul mathématique simple qui tourne au casse-tête politique. Dans n’importe quelle gestion de « bon père de famille », si vous avez moins d’employés, votre masse salariale devrait, au pire, rester stable. À Lourdes, c’est l’inverse. Selon les chiffres du Budget Primitif 2026, les charges de personnel atteignent 14,3 millions d’euros. En 2020, elles tournaient autour de 10 millions.
Une envolée « hors sol »

L’élue d’opposition Pascale Ginestet a jeté un pavé dans la mare lors du conseil municipal : là où les mandats précédents (Artiganave, Bourdeu) voyaient cette dépense augmenter d’environ 1 million d’euros sur six ans, la municipalité actuelle a fait exploser le compteur avec 4,3 millions d’euros supplémentaires en une seule mandature.
Le maire justifie ce bond par le RIFSEEP (nouveau régime indemnitaire) et la hausse du point d’indice national. Mais l’argument ne tient pas la route face à une calculatrice : le point d’indice augmente pour toutes les communes de France, et aucune ne voit sa masse salariale bondir de 40 % avec des effectifs en baisse.
Les agents ont-ils vraiment touché le pactole ?
L’équation est provocante : si l’on retire 1 million d’euros pour les hausses mécaniques de charges (ce qui est déjà généreux), il reste 3,3 millions d’euros qui auraient dû être redistribués aux agents.
- Si c’est vrai : Les agents municipaux auraient dû voir leur salaire augmenter de près de 30 % en moyenne. Est-ce réellement le cas sur leur fiche de paie ?
- Si c’est faux : Où est passé l’argent ? Y a-t-il des embauches de cadres de haut niveau très coûteux qui cachent la réduction du nombre d’agents de terrain ?
« Nous ne sommes plus du tout dans les mêmes ordres de grandeur », a martelé Pascale Ginestet. Entre le discours officiel et la réalité des comptes, le fossé est devenu un gouffre.

Alerte rouge : Une ville qui vit à découvert
Cette gestion des ressources humaines pèse lourdement sur la santé financière de la ville. Le taux d’épargne brute, qui indique la capacité d’une ville à mettre de l’argent de côté après avoir payé ses factures, est tombé à -0,13 %.
Pour rappel, les experts considèrent qu’en dessous de 7 %, une ville est en zone d’alerte rouge. Lourdes est aujourd’hui en dessous de zéro.
La ville ne dégage plus un centime de bénéfice sur son fonctionnement habituel (33,97 M€ de recettes réelles pour 34,01 M€ de dépenses réelles). Elle est obligée de vider son livret d’épargne (les excédents passés) à hauteur de 2,1 millions d’euros pour simplement payer ses factures courantes et ses salaires.
« Si le Code Général des Collectivités Territoriales impose l’équilibre financier (Art. L1612-4), les standards de la gestion publique fixent un seuil d’alerte rouge dès que l’épargne brute tombe sous les 7 %. Avec un taux négatif de -0,13 %, la Ville de Lourdes s’expose techniquement à une saisine de la Chambre Régionale des Comptes pour défaut d’équilibre réel. »

On s’endette pour payer le quotidien
Pour masquer ce déficit de fonctionnement, la ville continue de s’endetter : un nouvel emprunt de 2 millions d’euros est prévu en 2026.
Pour l’opposition, le constat est cinglant : le budget 2026 n’est qu’une fuite en avant. « L’équilibre comptable ne suffit pas. Un budget doit porter une vision. Et aujourd’hui, cette vision n’apparaît pas », a conclu Pascale Ginestet. Les agents, comme les contribuables, attendent désormais des réponses claires sur la destination réelle de ces millions envolés.
Le chiffre à retenir :
104,27 % : C’est le ratio des dépenses de fonctionnement et du remboursement de la dette par rapport aux recettes de la ville. En clair, Lourdes dépense déjà plus que ce qu’elle gagne, avant même d’avoir investi le moindre euro dans un nouveau projet.

Page 4 Taux d’épargne brute – 0,13 % (Alerte Rouge)
Page 15 Frais de Personnel 14,3 Millions € (+40% depuis 2020)
Page 9 Économies passées utilisées 2,1 Millions € (Le « Bas de laine »)
Page 13 Nouvel emprunt prévu 2 Millions € (La fuite en avant)
Page 12 Déficit d’équipement reporté 3 Millions € (Le « Boulet »)
Que va faire l’opposition ?
Face à ce taux d’épargne négatif de -0,13 %, l’opposition peut-elle rester inactive ? La question est désormais sur toutes les lèvres : vont-ils saisir le Préfet et la Chambre Régionale des Comptes (CRC) ?
L’enjeu est la survie financière de la commune. En vertu de l’article L1612-4 du CGCT, un budget doit être en « équilibre réel ». Avec une épargne incapable de couvrir le remboursement de la dette, cet équilibre semble rompu. Une saisine obligerait la CRC à examiner la sincérité des comptes et pourrait conduire à une mise sous tutelle ou à des mesures de redressement drastiques. Pour les élus de la minorité, le devoir de vigilance vis-à-vis des citoyens semble désormais imposer une réaction forte.
Affaire à suivre…
P.N

